Carnet de bord de la Transat par J-François Meunier

Photos et article de Jean François Meunier qui nous fait partager sa Transat  

Journal de bord d’une transat                               

              J’ai profité que ma fille Elodie soit en affectation en Martinique (pilote d’hélicoptère sur le « Ventose »), pour m’offrir une 3ème transat à la voile. Cela me semblait moins banal que l’avion et me procurait une bonne excuse.

              J’ai trouvé un embarquement sur la bourse des équipiers de Sail the World (site : stw.fr). Le bateau : un cata Kronos 45, ancien bateau de Yannick Noah : luxueux, mais usé par 13 ans de service, et très lourd car très aménagé avec en plus les poids mal placés (groupe électrogène et réservoirs d’eau à l’avant).

              L’équipage : le proprio, retraité, expérimenté mais porté sur la bouteille ;

 une jeune équipier qui se destine à être marin de plaisance et moi, retraité qui voulait s’en payer une petite dernière (de transat). 

              Départ le 10 novembre de Port-St-Louis avec envoi du spi dans le golfe de Fos pour l’essayer et profiter du vent faible. Mais il a fallu bien vite démarrer les moteurs : on les faisait tourner alternativement l’un et l’autre, ce qui donnait environ 6 nœuds. Le moteur tribord s’arrête au bout de 4 heures, toute l’installation venait juste d’être révisée à grands frais, ça fait toujours plaisir. On continue sur le moteur babord, mais une escale aux Baléares s’impose pour réparer. Finalement j’ai trouvé la panne, c’était le préfiltre de gasoil qui laissait entrer l’air, le moteur tournait comme une horloge quand le mécano espagnol est arrivé, il a fait une drôle de tête, surtout quand j’ai essayé de lui expliquer la situation en « frangnol ». On repart avec un vent faible qui va se renforcer un peu et qui nous permet de marcher à 8 nœuds pendant quelques heures au passage entre Ibiza et Formentera. Au sud de l’Espagne, le vent tourne à l’ouest et nous nous abritons à Almérimar pour attendre la renverse. Après 24h, le vent d’Est se lève et nous filons vers Gibraltar vent dans le dos, mais faible, alors : moteur ! Escale carburant à Gibraltar (1 heure) et on repart aussitôt, il ne faut pas narguer Eole quand il nous gratifie d’un vent favorable pour passer le détroit. Nous voici en Atlantique avec un peu plus de vent en route sur les Canaries. Nous entrons à La Palmas, l’escale mythique, les 230 bateaux de la course de l’ARC sont au port, impressionnant ! Nous décidons de partir avec eux le dimanche 26 novembre,

 pour comparer nos traversées. Il y a des maxis de course et des petits croiseurs de 10m et quelques catas de croisières. En fin d’après midi, nous avons été doublé par une soixantaine de bateaux, le proprio étant fâché avec le vent arrière, nous n’envoyons pas le spi et restons sous gennaker à tirer des bords.En insistant, nous passons finalement au vent arrière les voiles en ciseau, ça va beaucoup mieux : plus confortable, aussi vite et droit au but . L’alizé n’est pas encore établi et nous descendons au sud comme toute la flotte. Au bout de 24 heures, nous ne voyons déjà plus de bateau. Le gennaker nous abandonne, drisse cassée, il passe à l’eau, nous le récupérons avec quelques accrocs. Envoyons le spi qui nous pose toujours quelques problèmes quand on veut l’amener, le système de chaussette n’est pas convaincant. Nous réparons les accrocs et continuons sous GV et foc, nous n’oserons pas monter en tête de mât pour repasser une drisse de gennaker, à cause de la mer agitée, on s’en passera jusqu’au bout. La navigation se fait sous pilote automatique (Autohelm 7000), bien abrités dans le cockpit très confortable, les quarts de nuit se succèdent suivant un roulement bien établi : 20h-24h, 0h-3h, 3h-6h. Finalement je préfère le 0 à 3, on dort, où on essaie, avant et après. Nous profitons chacun d’une cabine double avec son cabinet de toilette, le groupe électrogène procure le courant nécessaire pour faire fonctionner cette usine à gaz : dessalinisateur, pilote, congélateur, frigo, radar, électronique, eau chaude, lave linge (on a fait des lessives) et chargeur de batteries. Bien sûr, il ne faut pas que le groupe tombe en panne, il doit tourner 6 à 8h par jour. Il nous a fait un caprice une semaine avant l’arrivée, heureusement nous avons réussi à le relancer (pas facile : des heures enfermé dans la pointe avant). Après quelques jours de plongeon dans la vague, j’ai convaincu le proprio de vider les réservoirs d’eau pour alléger l’avant, nous avons senti une nette amélioration, mais ça reste un bateau dangereux tel que (il est capable d’enfourner jusqu’au mât, donc il peut se retourner). L’alizé était très fort cette année, force 5 à 6 avec la mer qui va avec, ça ne donne pas envie de faire demi tour. Le bateau avance facilement à 10 nœuds avec des surfs entre 15 et 19.3 (mon record)Parfois on prenait la barre quand le pilote se faisait balader de 30° de part et d’autre du cap, on allait plus vite et plus confortablement. La drisse de grand voile n’a pas résisté non plus à ce régime infernal au milieu de la traversée, les 2 lattes du haut cassées. J’ai sacrifié la balancine de GV pour passer une nouvelle drisse de GV et renvoyer la bête (70 m2), c’est le véritable moteur du bateau, difficile de s’en passer. Le vent étant trop fort pour le spi,  

 

il ne restait que le foc un peu juste, on avançait quand même à 6 nœuds avec 30 m2 pendant la réparation. La manivelle de winch électrique a souffert pour renvoyer la GV qui portait sur le hauban au vent arrière. Avec ces avaries, nous n’avons dépassé 200 milles en 24h qu’une seule fois, dommage pour la moyenne. Les 2 derniers jours le vent a faibli et nous avons renvoyé le spi pour terminer cette traversée en 16 jours.

               Mouillage devant la   plage des salines pour une nuit de calme au paradis avant de rallier Le Marin. Nous avons revu des voiliers de la course de l’ARC en approchant de l’arrivée, ils allaient à Ste-Lucie eux. Nous avons établi quelques contacts VHF quand nous étions proches d’eux.   

           Communications : nous étions en contact avec la France par mail grâce au standart C et recevions des bulletins météo, même si ce n’est pas très utile dans les alizés, c’est toujours le même.  

          Cuisine : le proprio étant très branché cuisine et quelque peu maniaque, on en a honteusement profité, histoire de nous venger de l’ambiance calamiteuse que son penchant pour l’alcool  a créée.  

          Conclusions : dans ces conditions avec un cata plus léger et mieux préparé nous pouvions mettre 2 jours de moins avec certainement des journées à 10 nœuds de moyenne. Cela reste cependant une traversée rapide pour un cata de croisière. Il était équipé d’un mât aile pivotant en carbone : que des inconvénients en croisière. Après coup, sur un cata, où le poids est un ennemi, je choisirais un cata léger avec éolienne et panneaux solaires pour la production d’électricité. Je me passerais du congélateur, du lave linge, du radar, du groupe, mais j’aimerais bien avoir un petit dessalinisateur en 12 volts, pour éviter de transporter des centaines de litres d’eau.

               Pour les pêcheurs : nous étions équipés de cannes pour la pêche au gros, on traînait 4 lignes. Ca a bien mordu et on a sorti des bonites et des dorades coryphènes qui ont amélioré les menus. Bien lancé dans l’alizé on allait trop vite et on avait du mal à remonter les lignes avec le seul rapala, et les embardées emmêlaient les lignes, on a laissé tomber. 

Ce lien peut vous être utile, il faut voir...

  http:// stw.fr    

Il est pas mal pour ceux qui pensent grande croisière.

La bourse des équipiers est très efficace, même s'il faut cotiser pour en profiter. 

Commentaires (2)

1. Dan 2007-07-05

Bizarre...Disparue ma réflexion.....
Susceptible le monsieur?..

2. Flechard 2007-06-04

Jolie reportage très bien écrit , cela donne envie...
Félicitation

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